On connaissait leur impact sur les océans, on les redoutait dans les chaînes alimentaires, mais on les avait sous-estimés sous nos pieds. Les microplastiques s’invitent dans les terres arables, et avec eux, un cortège de perturbations inattendues. Une étude publiée le 10 mars 2025 dans PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) alerte : les microplastiques réduisent de manière significative la photosynthèse des plantes. En jeu ? Rien de moins que la sécurité alimentaire mondiale. Le mot-clé « microplastiques » s’impose désormais comme un marqueur de crise dans le lexique de l’agriculture contemporaine.
Les microplastiques, poison lent des sols agricoles
Ce n’est plus une hypothèse, c’est un constat : 76 % des sols français analysés contiennent des microplastiques, principalement issus de fertilisants organiques contaminés, comme le révèle le projet MICROSOF dirigé par l’INRAE et l’IRDL. Les matières organiques fertilisantes, censées enrichir les terres, se transforment en cheval de Troie de la pollution plastique. Sur 167 échantillons étudiés, 166 contenaient des particules plastiques, pour la plupart inférieures à deux millimètres.
Dans l’enfer discret des racines, ces fragments invisibles agissent à la manière d’agents perturbateurs. Selon Marie-France Dignac, directrice de recherche à l’Inrae, interrogée sur RFI, ces polluants peuvent « modifier la porosité, la présence d’eau et d’air dans le sol », affectant ainsi les conditions vitales de croissance des plantes. Ces modifications compromettent l’équilibre microbien du sol, altérant le système racinaire et réduisant la résilience des végétaux.

Microplastiques et photosynthèse : la grande asphyxie végétale
Les conséquences ne sont pas seulement souterraines. Elles touchent le cœur même de la croissance végétale : la photosynthèse. L’étude publiée dans PNAS révèle une baisse mondiale de 7,05 à 12,12 % de la capacité photosynthétique des plantes terrestres et des algues. En découle une perte agricole annuelle estimée entre 109,73 et 360,87 millions de tonnes, à laquelle s’ajoute une chute de la production de fruits de mer pouvant atteindre 24,33 millions de tonnes. Tout cela pour un plastique qui, au départ, était censé faciliter la vie.
Les microplastiques agissent également comme vecteurs de pathogènes. En se couvrant d’un biofilm, ils deviennent des refuges pour des bactéries parfois nocives pour les plantes. Le doctorant Filippo Vaccari l’explique avec clarté sur RFI : « Dans l’environnement, ils ont tendance à former un biofilm. […] Il y a certaines bactéries qui peuvent être pathogènes pour la plante. C’est comme si c’était un véhicule pour entrer dans la plante ».
Agriculture mondiale sous perfusion plastique : un scénario de rupture
Ce que confirme l’étude de PNAS, c’est une réalité mondiale, pas une exception régionale. Les pays d’Asie seraient les plus durement touchés, avec des rendements de cultures de base comme le riz, le blé ou le maïs susceptibles de chuter jusqu’à 14 %. Plus grave encore : la modification des cycles biogéochimiques. Le plastique s’immisce dans la dynamique du carbone, réduisant la captation naturelle par les plantes et algues, et contribuant indirectement à l’aggravation du réchauffement climatique.
Et que faire ? Les chercheurs proposent une réduction de 13 % des microplastiques environnementaux pour espérer récupérer jusqu’à 115,73 millions de tonnes de production agricole par an. Une réduction modeste pour un bénéfice immense. Encore faut-il la volonté politique.
Des champs aux assiettes : la chaîne alimentaire infiltrée
Au-delà des rendements, c’est toute la chaîne alimentaire humaine qui est contaminée. Les microplastiques présents dans les fertilisants pénètrent les racines, s’accumulent dans les tissus végétaux, et remontent jusqu’à nos assiettes. Le Commissariat général au développement durable avertit que ces particules finissent dans le corps humain, sans que l’on sache encore mesurer leur effet cumulatif, apprend-on du site notre-environnement.gouv.fr. Cette omniprésence plastique dans le système agraire annonce une transition radicale : l’agriculture ne nourrit plus seulement l’humanité, elle l’empoisonne à petit feu.
