Alors que la COP30 s’ouvre dans quelques jours à Belém, l’Union européenne a trouvé in extremis un accord sur sa stratégie climatique pour 2040. Si l’objectif affiché reste une baisse de 90 % des émissions de gaz à effet de serre, l’introduction de crédits carbone internationaux rebat les cartes de l’ambition réelle.
Le 5 novembre 2025, à Bruxelles, les ministres de l’Environnement des vingt-sept États membres sont parvenus à fixer la nouvelle ligne directrice climatique de l’Union européenne. Cette annonce, à quelques jours de la COP30, confirme l’objectif de réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040 par rapport aux niveaux de 1990. Cependant, cet affichage masque une série de concessions significatives, notamment la possibilité pour les pays membres d’utiliser des crédits carbone internationaux pour atteindre leurs cibles. Ce compromis révèle les tensions internes persistantes autour du coût économique de la transition écologique.
Une réduction de 90 % maintenue, mais sous conditions
La Commission européenne a obtenu un accord sur l’objectif de réduction de 90 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2040, une trajectoire qui s’inscrit dans la continuité du pacte vert adopté en 2019. Selon France Info, cet engagement vise à consolider le rôle de l’Union en tant que leader mondial dans la lutte contre le réchauffement climatique. Mais pour rallier les États les plus réticents, en particulier l’Italie, le compromis intègre un mécanisme de flexibilité. Les pays pourront comptabiliser jusqu’à 5% des crédits carbone internationaux dans le calcul de leurs réductions, avec une option d’extension à 10 % selon les termes négociés.
Reuters précise que cette flexibilité permet à certains États de compenser leurs émissions sans réduire concrètement leurs volumes domestiques, fragilisant ainsi l’intégrité environnementale de l’engagement. Le commissaire européen au climat a défendu cet équilibre en déclarant, dans des propos rapportés par le Financial Times : « La planète ne se soucie pas d’où nous réduisons les émissions ». Un argument qui reflète une lecture technocratique du défi climatique, mais qui soulève également des inquiétudes sur la dilution de l’effort collectif.
Des objectifs intermédiaires discutés pour 2035
L’accord introduit aussi un palier intermédiaire pour 2035, une manière de jalonner la progression vers 2040. La fourchette fixée prévoit une baisse des émissions de gaz à effet de serre comprise entre 66,25 % et 72,5 % par rapport à 1990, selon La Gazette France. Cette marge de manœuvre, plus large que prévue initialement, a été critiquée par plusieurs délégations et organisations écologistes. La formulation finale du texte est le fruit de négociations marathon. Le Monde indique que l’accord a été arraché « après près de vingt heures de négociations ».
Cette durée témoigne de la profondeur des désaccords, notamment entre les États les plus ambitieux, Allemagne, France, Danemark, et ceux réticents à toute accélération de la transition, comme la Pologne ou la Hongrie. Pour les experts du climat, cette large fourchette constitue une source d’incertitude. En visant un intervalle plutôt qu’un chiffre précis, l’Union donne le sentiment d’un engagement conditionnel. Sven Harmeling, du réseau d’ONG CAN Europe, cité par le site Sciences et Avenir, a souligné que « l’accord très attendu est beaucoup plus faible que ne le laisse croire le chiffre de 90 % ».
Crédits carbone et délais : les concessions clés de l’accord
La souplesse introduite par l’accord repose sur trois éléments structurants. Premièrement, l’usage de crédits carbone internationaux, jusqu’à 5 % – voire 10 % si des ajustements sont décidés ultérieurement. Deuxièmement, le report à 2028 de l’extension du marché carbone européen aux secteurs du transport routier et du bâtiment initialement prévu pour 2027. Troisièmement, l’introduction d’une clause de révision régulière de l’objectif climatique de 2040.
Selon Reporterre, cette clause permettra d’ajuster la trajectoire en fonction de l’évolution des données scientifiques, mais elle laisse aussi une porte ouverte à un assouplissement si des États membres jugent l’objectif trop contraignant. Ces concessions ont été intégrées pour surmonter l’opposition de plusieurs pays. Outre l’Italie, particulièrement active dans les tractations finales, la Slovaquie et la Roumanie ont également demandé des garde-fous face aux coûts économiques associés à une baisse rapide des émissions. Cette dynamique révèle une fracture persistante entre les États du nord et ceux du sud et de l’est de l’Europe sur la répartition des efforts.

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