La société chinoise Longi Green Energy a annoncé, le 14 avril, avoir battu un record mondial de rendement énergétique avec un panneau solaire fondé sur la technologie HIBC (Heterojunction Interdigitated Back Contact). Ce nouveau module a atteint un rendement de 27,81 %, soit une performance certifiée par l’Institut allemand ISFH (Institut für Solarenergieforschung Hamelin). Ce chiffre pulvérise les standards industriels actuels, généralement compris entre 22 et 24 % pour les modules résidentiels classiques.
Pourquoi ce chiffre est-il si important ?
Parce que dans l’industrie photovoltaïque, chaque point de rendement en plus représente un abaissement mécanique du coût du kilowattheure. « Chaque augmentation d’un point de l’efficacité des cellules se traduit par une réduction de plus de 5 % des coûts du système », a déclaré Li Zhenguo, fondateur de Longi, dans PV Magazine France.
Longi n’en est pas à son premier coup d’éclat. En mai 2024, l’entreprise détenait déjà le précédent record mondial avec 27,3 % sur une cellule HJT. Cette nouvelle avancée n’est donc pas une surprise, mais elle marque une accélération dans une course technologique où chaque milliseconde compte.
Panneaux solaires : la Chine frappe fort… et à portée commerciale
Ce n’est pas dans un laboratoire confiné que ce record a été enregistré, mais bien sur une cellule prête à être industrialisée. Contrairement au CEA (Commissariat à l’énergie atomique), qui a annoncé avoir atteint 30,8 % de rendement sur une cellule tandem au pérovskite (environnement de test), Longi propose ici une technologie destinée à la production réelle. La technologie HIBC utilisée par Longi repose sur une architecture à contact arrière interdigité, associée à des couches d’hétérojonction.
Concrètement, cela signifie que les connexions électriques sont entièrement déplacées au dos du module, libérant la face avant pour une exposition maximale au rayonnement solaire. Résultat : meilleure captation lumineuse, gestion thermique optimisée et rendement boosté, même dans des conditions de faible luminosité. Le MK-SUN 570, considéré comme le plus puissant panneau résidentiel commercialisé en Europe, plafonne à 22,3 % de rendement pour 570 Wc. Avec ses 27,81 %, Longi creuse un fossé technologique de plus de cinq points.
La Chine en embuscade sur toute la chaîne des panneaux solaires
Longi ne se contente pas d’annoncer un record dans le domaine des panneaux solaires. Le groupe revendique aussi la maîtrise complète de la chaîne de production. Selon Le Monde, la Chine assure 95 % de la production mondiale de polysilicium, matière première indispensable aux cellules solaires. Face à cette hégémonie, les velléités européennes ressemblent à un baroud d’honneur.
Le CEA et 3SUN progressent, certes, mais leurs résultats ne dépassent pas encore les parois vitrées des laboratoires. Pendant ce temps, Longi annonce une mise sur le marché de son nouveau module « dans les prochains mois », selon Frandroid. L’enjeu dépasse la technique. Il s’agit d’un bras de fer industriel où chaque amélioration de rendement permet de réduire la surface nécessaire à l’installation, baisser les coûts d’équipement, et accélérer l’adoption du solaire en milieu urbain, là où chaque mètre carré compte.
Record battu, mais bataille ouverte
La cellule qui a atteint ce rendement record est le fruit du travail de l’Institut central de recherche de Longi, selon un porte-parole cité par PV Magazine. Il affirme : « En repensant à la fois l’architecture de la cellule et les systèmes de matériaux, nous avons réalisé des percées simultanées dans la gestion optique et l’efficacité du transport des porteurs. Cela ouvre une nouvelle frontière pour l’amélioration de la densité de puissance des modules. »
Mais tout record est une provocation. Si Longi avance à marche forcée vers l’industrialisation, il reste à démontrer que ce rendement pourra être maintenu à grande échelle, dans les contraintes du marché mondial, face à la montée en puissance des cellules tandem, organiques ou pérovskites. Et puis, il y a la bataille géopolitique : face à la domination chinoise, l’Europe cherche à rapatrier une partie de la chaîne de valeur solaire. Mais peut-elle vraiment rivaliser avec une puissance qui, à la fois, définit les normes, maîtrise les matériaux, et impose les prix ?
Et ensuite ? Dans cette course à l’efficacité, la performance ne suffit plus. Il faut la produire en masse, à bas coût, avec une logistique maîtrisée. Longi semble avoir pris une longueur d’avance. Mais l’histoire du solaire montre que les records techniques ne garantissent jamais les victoires industrielles. Pour l’heure, les toits d’Europe attendent encore la révolution. Mais avec 27,81 %, elle pourrait arriver plus vite qu’on ne le croit.
