L’Université Northwestern, basée à Chicago, a annoncé, ce 2 avril, la mise au point du plus petit pacemaker jamais conçu : un dispositif médical de 3,5 millimètres de long, capable de réguler le rythme cardiaque, particulièrement chez les nouveau-nés. Une prouesse chirurgicale, scientifique et bioélectronique qui interroge autant qu’elle fascine. Ce nouveau pacemaker est non seulement minuscule, mais aussi biodégradable, injecté sans chirurgie invasive et activé par lumière. Autant dire qu’il redéfinit les contours de la médecine moderne.
Un pacemaker biodégradable injecté comme un simple vaccin
Plus petit qu’un grain de riz : voilà l’argument marketing qui, cette fois, relève du fait brut. Avec seulement 1,8 mm de large, 3,5 mm de long et 1 mm d’épaisseur, ce pacemaker, que l’on peut voir ici, est injecté dans le corps par une seringue. Une aiguille, un geste, un impact vital. Mais ce n’est pas là sa seule prouesse. Ce bijou de bioingénierie se dissout dans le corps après usage.
C’est de la médecine électronique bio-résorbable : une première. Une fois son rôle terminé, typiquement après une chirurgie cardiaque, il se désintègre, éliminant tout besoin de retrait par intervention. Fini les opérations secondaires, les risques d’infection, les complications post-opératoires. « Grâce à sa petite taille, ce stimulateur cardiaque peut être intégré à presque tous les types de dispositifs implantables », affirme le professeur John A. Rogers dans Numerama, ajoutant que cela permet de traiter les complications pendant la convalescence.
Une activation sans fil et sans douleur pour ce pacemaker
Ce pacemaker ne se contente pas d’être discret, il est aussi intelligent. Pour déclencher ses impulsions, nul besoin de courant externe ou de batterie volumineuse. Le dispositif repose sur une pile chimique interne, une cellule galvanique alimentée par les fluides corporels. Ces biofluides agissent comme un électrolyte, établissant une connexion électrique entre deux plaquettes métalliques. L’activation du pacemaker s’effectue par un signal lumineux.
Une diode électroluminescente, reliée à un patch externe posé sur la peau, envoie une lumière infrarouge qui pénètre le tissu corporel pour atteindre un interrupteur miniature. Résultat : une stimulation immédiate du cœur dès que la fréquence cardiaque descend sous un certain seuil. « Un minuscule interrupteur lumineux, situé à l’opposé de la batterie, nous permet d’allumer l’appareil dès que la lumière traverse le corps », détaille John Rogers. Et si cela paraît tiré d’un film de science-fiction, c’est bien ce que confirme l’étude publiée dans Nature le 2 avril 2025.
Un pacemaker adapté aux nouveau-nés
Ce nouveau dispositif répond à une urgence clinique, celle des nouveau-nés atteints de malformations cardiaques congénitales. Un pour cent des enfants naissent avec ce type d’anomalie. Si beaucoup n’ont besoin que d’une stimulation temporaire, l’implantation de dispositifs classiques demeure risquée. Igor Efimov, cardiologue à Northwestern et codirecteur de l’étude, insiste : « Notre principale motivation était les enfants. Environ 1 % des enfants naissent avec des malformations cardiaques. La bonne nouvelle, c’est qu’ils n’ont besoin que d’une stimulation cardiaque temporaire après une intervention chirurgicale. »
L’ancien paradigme, des stimulateurs avec fils, électrodes et batteries externes, impliquait des risques : infections, déplacements de sonde, hémorragies, lésions. Ce nouveau dispositif permet une application douce, sans ouverture chirurgicale, sans extraction secondaire. « Nous pouvons désormais placer ce minuscule stimulateur sur le cœur d’un enfant et le stimuler grâce à un dispositif portable, souple et délicat », affirme Efimov.
Un grain de riz qui peut sauver des millions de vie
Le potentiel dépasse largement la pédiatrie. Toute personne nécessitant une stimulation temporaire, après une opération cardiaque, un accident, ou en attente d’un implant définitif, pourrait bénéficier de cette technologie. L’économie chirurgicale, la réduction des risques, et la simplification des protocoles laissent entrevoir des impacts colossaux pour les systèmes de santé.
John Rogers résume ainsi la philosophie du projet : « En minimisant la taille, nous simplifions considérablement les procédures d’implantation, réduisons le traumatisme et les risques pour le patient et, grâce à la nature soluble du dispositif, nous éliminons toute nécessité d’extraction chirurgicale secondaire. »
