En matière de préservation de la biodiversité, nos efforts en valent-ils la peine ? C’est la question que certains d’entre nous pourraient se poser face aux chiffres du déclin des espèces. Mais des scientifiques nous l’assurent aujourd’hui, l’espoir est permis. Car les mesures de conservation de la biodiversité fonctionnent.
Selon la dernière Liste rouge mondiale publiée par l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), un peu plus de 44 000 espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction. Pire, les études montrent que la disparition des espèces s’accélère. Avec des conséquences qui s’annoncent importantes pour des écosystèmes indispensables à la survie du genre humain. Le tableau semble noir. Mais pour des chercheurs de l’université de l’Arizona (États-Unis), ces chiffres ne donnent pas une vue d’ensemble du tableau, justement. « Il serait trop facile de perdre tout sentiment d’optimisme face au déclin continu de la biodiversité », remarquent lesdits biologistes. « Toutefois, nos résultats montrent clairement qu’il y a de la place pour l’espoir. »
Les mesures de conservation de la biodiversité sont efficaces
Dans la revue Science, ils viennent de publier une méta-analyse complète de l’impact des mesures de conservation prises dans le monde sur plus d’un siècle. Et leur conclusion est plutôt encourageante. Les actions de conservation, notamment la création et la gestion d’aires protégées, l’éradication et le contrôle des espèces envahissantes, la gestion durable des écosystèmes ou encore la réduction et la restauration de la perte d’habitat, ont amélioré l’état de la biodiversité ou ralenti son déclin — par rapport à ce qui se serait produit sans mesure de conservation — dans 66 % des cas.
En Amazonie brésilienne, par exemple, la présence de zones protégées et de terres autochtones permet de protéger la biodiversité. La déforestation y est 1,7 à 20 fois moindre que dans des zones extérieures à leur périmètre. Les incendies d’origine humaine sont 4 à 9 fois moins fréquents.
La préservation de la biodiversité progresse
« Notre étude montre que lorsque les actions de conservation fonctionnent, elles fonctionnent réellement. En d’autres termes, elles conduisent souvent à des résultats pour la biodiversité qui ne sont pas seulement un peu meilleurs que ne rien faire du tout, mais bien plus importants », soulignent les chercheurs. Quant aux mesures de préservation qui n’ont pas atteint leur objectif, elles semblent au moins avoir permis aux scientifiques de progresser dans leurs connaissances. La conservation, en effet, apparaît plus efficace avec le temps.
Sauver la biodiversité vaut le coût
Les chercheurs se sont aussi penchés sur l’aspect économique de la question. Ils rappellent ainsi que plus de 120 milliards de dollars sont investis chaque année dans la conservation de la biodiversité à l’échelle mondiale. C’est beaucoup. Mais il faudrait un peu plus encore pour gagner la bataille. Entre 180 et 520 milliards par an. Une somme qui peut être mise en perspective par les quelque 7 000 milliards de dollars de revenus des combustibles fossiles en 2022. Une somme qui doit aussi être mise en perspective par un rapport coût-bénéfice estimé à au moins 1 pour 100.
Pour préciser encore ces chiffres, les scientifiques comptent, à l’avenir, ajouter à leurs études l’impact d’autres actions de conservation comme le contrôle de la pollution, l’adaptation au changement climatique et l’utilisation durable des espèces. Le tout dans davantage de pays encore.

